MICHIELS

Écrire, c’est hurler sans bruit…

Pour l’instant, vivez les questions.
Peut-être, un jour lointain, entrerez-vous ainsi,
peu à peu, sans l’avoir remarqué,
à l’intérieur de la réponse
 
Lettres à un jeune poète (1903-1908), Rainer Maria Rilke.

Néogonie des rêves est un récit de voyage intérieur qui a duré neuf ans. Le journal, en vers et en visions, d’un homme qui a décidé un jour de se baigner dans le poème de la mer,pour partir en quête de réponses aux questions qui le hantent. Un récit des origines de l’homme contemporain, sans Dieu, mais pas sans spiritualité. Pour ne pas sombrer dans la folie et pour panser ses maux, il leur a donné des couleurs, des formes, des visages :

Écrire, c’est hurler sans bruit  
Pour reprendre les mots de Marguerite Duras.

Le verbe a permis à Marc Michiels de s’adresser à ses propres questions qui hurlent à la nuit et peuplent son univers de milliers d’ombres errantes, entre l’amour et la douleur, la présence et l’oubli.

Un monde flottant où les morts parlent aux vivants
en choisissant des signes comme écriture
.  
Marc Michiels.

Par où commencer, par le début ? Par la fin ?

Si le poète indique un sens,
de droite à gauche,
la mer est ici et partout,
sans cesse recommencée,
comme l’être aimé
est à la fois
fleur de cerisier,
fleur du mal,
renaissance,
âme sœur
et
noirceur
de
l’être.

Tel un noyé pensif, et de sa mémoire oublieuse, il en appelle aux anciens, s’agrippant à la barque de Dante puis au – bateau ivre – de Rimbaud, lesquels ont conquis terres et marées pour s’approcher au plus près des questions qui hantent l’homme, le poète et l’artiste.

Ainsi, qu’est-ce que l’Amour ?
Qu’est-ce que la poésie ?
Qu’est-ce qu’une image ?

Néogonie est une véritable quête de sens où l’auteur déploie toute la magie du verbe pour redécouvrir le pouvoir des mots et leur donner toute leur dimension, à la fois graphique et signifiante, comme Apollinaire a pu le faire. Pour s’adresser à son Eurydice, ce sont Baudelaire, Éluard, Reverdy et Louis-René des Fôrets qu’il convoque : le chant d’amour est ainsi toujours teinté d’amertume.

Que reste-t-il quand il n’y a plus d’amour et que la mort est toujours quelque part ?

Les pétales de nos liens font face à notre image, font l’image à notre face.  
Marc Michiels.

Les « imâges » dialoguent avec l’indicible, l’invisible et les mots dévoilent des mondes que le verbe ne peut plus énoncer. On y accède par le souvenir fragmenté, miroité. Le regard, la main, « le pinceau du feu » morcellent à l’infini ce qui a été. Ne serait-ce pas Orphée qui voit sombrer son âme sœur ? Ainsi, le portrait du poète, vu de dos, apparait sous les traits d’une ombre portée sur le film La Jetée de Chris Marker.

Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance…  
Bateau ivre, Rimbaud, 1871.

Texte :  Briséis Leenhardt-Jan.