MICHIELS

Projet 102

Photographie centrale de Marc Michiels : N°115 de la série Lumière de l’âme – argentique +gélatines infra mince et découpages colorée, 2000.

C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté la proposition d’Anne-Sophie Philippon Bordet à participer à cet événement Projet 102. Pourtant, j’avais décidé depuis un certain temps de ne plus exposer mon travail, pour me concentrer sur l’écriture d’une trilogie : Les nourritures de l’Oxymore. 

Mais, il y a des projets collectifs, des visions du vivre ensemble aux services des autres qui ne se refuse pas ! 

Anne-Sophie, l’enjeu du projet 102, se veut comme une prise de conscience que l’humanité devrait et doit être toujours sauvegardée par rapport au bruit, à la vitesse et futilité du monde. Pourquoi avez-vous pris part à ce projet ?

Anne-Sophie Philippon Bordet : Ce projet donne la parole à ceux que l’on entend peu, prête sa voix à ceux qui ne peuvent plus s’exprimer, laisse leur place aux oubliés, lutte contre l’effacement et nous rappelle la fragilité, la force et la beauté de la vie. 

Pour ma part, je ne trouve rien de pire que le silence ou l’absence face à la souffrance. Evoquer ce que l’on tait trop souvent constitue l’une des raisons majeures pour lesquelles j’ai participé à Projet [102]. Par ailleurs, Projet [102] redonne à l’art plusieurs de ses rôles, celui de témoin, de porte-parole, de narrateur ou encore de consolateur. Notre équipe, composée de Zahra Muyal, Anne-Laure Faubert et Gaël Bordet, a pris le parti de représenter le maximum de courants ou tendances artistiques dans cette exposition, afin de toucher l’esprit et le coeur de chacun, et de porter plus loin les message de l’association Wict’w Art. Ce travail avec les artistes et l’accompagnement de certains nous a passionnés et beaucoup enrichis. 
Et nous avons tous les quatre été frappés par le pouvoir, la force de l’art… Chaque oeuvre vient dialoguer avec un témoignage, et cette association enrichit fortement le propos de l’exposition : les artistes ont voulu, lors du vernissage, rencontrer le témoin qui avait écrit un texte associé à leur oeuvre… 102 oeuvres – 102 témoignages, une idée de Charles-Henri Coppet. Le Projet [102] propose également plusieurs hymnes à la vie qui allient profondeur, sens de la vie mais aussi futilités et bruits. Et ces deux derniers éléments pimentent aussi l’existence… et la composent.

Qu’est-ce que votre implication auprès des différents acteurs et publics ont changé dans votre regard actuel sur la vie et son précieux équilibre entre ombre et lumière, entre la vie et la disparition ?

Anne-Sophie Philippon Bordet : Très concrètement, la prise de conscience qu’une ville comme Paris ne s’est pas du tout adaptée au handicap. Zahra Muyal et moi avons aidé, la coordinatrice du projet, Vanessa Haddar, à chercher des lieux d’exposition, et avons vite constaté que beaucoup ne pouvaient pas accueillir de public porteur de handicap.Projet [102], ce sont avant tout des centaines de rencontres, et des échanges qui vous entraînent à l’essentiel… Des personnes qui vous marquent, qui vous remuent, vous permettent des prises de conscience…Cette exposition me conforte également dans l’idée qu’il ne faut jamais taire la souffrance… Et que l’art peut jouer parfois un rôle consolateur ou réparateur. 

Merci Anne-Sophie pour vos réponses et de mon côté, je tenais à l’en remercier amicalement ainsi que de rendre hommage à Maître Charles-Henri Coppet, à l’origine de ce concept, Aurélie Vernaz, présidente de Vict’w Art, à l’ensemble des personnes de l’organisations du projet 102, pour leur professionnalisme et leur dévouement ainsi qu’à l’ensemble des témoins et des artistes et ainsi qu’aux nombreux partenaires.

[102]

Cela représente près de deux enfants tués chaque semaine. Ce chiffre révoltant reste pourtant inconnu des utilisateurs de cette route qui ne semble pas pouvoir être partagée. Pour ne pas oublier ces 102 visages, ces 102 sourires, un collectif de citoyens engagés s’est réuni au sein de l’association Vict’ w Art, animé par la volonté d’alerter, de conscientiser, le tribut anormal payé par ces enfants.

L’Art pour transformer la réalité : Vict’w Art = Victim with Art = Victim with heart = Victoire.

Le Projet 102 a vocation à sensibiliser avec d’autres images, d’autres repères que ceux habituellement utilisés. La volonté du collectif est de permettre à tous de réfléchir ensemble à cette mortalité dérangeante qui touche les plus jeunes et les plus vulnérables. Le Projet 102 réunira en fin d’année 2021, 102 œuvres d’artistes qui auront eu carte blanche pour exprimer les dangers de la route – Halle des blanc Manteaux, 75004 du 21.02/01.03. Ces œuvres seront accompagnées de témoignages de victimes, de familles de victimes, de professionnel·le·s de santé, d’organisations et d’associations concernées, d’institutionnel·le·s, … Une œuvre et un témoignage en mémoire de chaque enfant décédé en 2019, sur la route en France.

Consulter le catalogue de l’exposition : https://projet102.fr/FlipBookProjet102/#PDF/1
Témoignage de Vanessa Garrigue, nièce d’une victime décédée suite à un accident de la route / Photographie de Marc michiels.

Sensibiliser aux risques de la route autrement, en mêlant l’art et les mots.

« Il s’est levé un matin, avec toujours le même entrain.
Ivre de passion, son corps et son âme à l’unisson.
Mais cet autre qui pourtant lui ressemblait, à l’aube, était pressé,
Et en un quart de seconde, l’impétueux détruit son monde.
Sans lui ôter la vie, elle s’était malheureusement assombrie.
Son âme enivrée habitait à présent dans un corps désossé.
A chacune de ses pensées, il demandait comment avancer.
Cet autre pour qui le temps était compté, n’avait quand à lui, de cesse de de répéter.
A quoi bon regretter quand le mal est déjà fait ?


Seule, égarée,
Dans cette enveloppe décharnée,
Son âme attendait de voir, une infime lueur d’espoir.
Alors qu’il était allongé, il se mit à rêver.
De sa vie passée, de son corps tout entier.
Optimiste éternel, il refusait de s’enfoncer dans ce tunnel
Qui un triste matin, avait fait de lui un pantin.

Comme le phénix renait de ces cendre,
Il se disait qu’il devait apprendre,
A repenser sa vie,

Sans en vouloir à celui qui semblait l’avoir détruit.
Il décidait de gagner son combat,
D’être encore plus fort que tout cela.
Le temps passait, il s’élevait,
Grâce à sa seule volonté, il rayonnait.
Et à force de s’étendre,
Il laissait son autre dans les méandres.

Il pensait qu’on lui avait tout pris,
Mais ce jour-là, il comprit,
Qu’uniquement grâce à lui,
S’ouvrait une autre vie
. »
Vanessa Garrigue.

[Vernissage]

Merci à vous tous et toutes 🙂